LICENSE TO KILL

Partie 1 – La Libye

LICENSE TO KILL AVEC ETHIQUE

Nous avons tous dans notre souvenir cette image extraite d’une vidéo amateur et qui fera le tour de la toile. Un civil Libyen debout sur le toit d’une voiture cabossé tient entre ses mains un fusil anti-émeute. Plus précisément un FN 303 de la fabrique d’armes D’Herstal en Belgique.
Malgré les mises en garde de nombreuses ONG, la région wallonne avait autorisé des exportations d’armes à destination de l’armée libyenne à des fins de sécurisation de convoi humanitaire dans le sud Darfour. Ce jour-là, l’usage détourné des armes utilisées contre des civils entraine directement la dénonciation du certificat d’usage final par la région wallonne pour non-respect de contrat par la Libye. Nous sommes en février 2011. La Libye, est à feu et à sang, c’est la guerre civile.

Khadafi story
Mouammar Kadhafi est Officier des forces armées libyennes quand il arrive au pouvoir en Libye à la suite du coup d’État de 1969, qui renverse le régime monarchique. Communément appelé le colonel Kadhafi, celui-ci exerce un pouvoir absolu.
L’économie libyenne est très largement dépendante des ressources pétrolières. En deux teintes, le régime du guide de la révolution développe de nombreuses infrastructures dans le pays. Les libertés politiques sont par contre quasi nulles et le pouvoir s’appuie sur un système de terreur auprès de la population. Kadhafi utilise en outre les revenus du pétrole pour financer des organisations terroristes et autres troublions à travers le monde. Depuis sa prise de pouvoir, cet homme dangereux, malade et instable fera l’objet d’une longue liste de tentatives d’assassinat. Certaines secrètes et d’autres plus médiatiques comme le raid américain sur Tripoli en 1986.

Il est généralement considéré comme le responsable de l’attentat de Lockerbie en 1988 et de l’attentat contre le vol 772 UTA en 1989, qui ont coûté la vie à 440 personnes. Par la suite, au début des années 2000, il opère un changement d’attitude diplomatique et parvient à revenir en grâce sur le plan international en se positionnant en allié de l’Occident dans la «guerre contre le terrorisme». En partir de février 2011, son pouvoir est menacé par une contestation populaire, que la répression transforme rapidement en insurrection armée, puis en guerre civile. Il est tué le 20 octobre 2011.

En indemnisant les familles, cette action a pour conséquence la levée définitive des sanctions de l’ONU et partielle des États-Unis à son encontre.
Pour les passagers et membres d’équipage du vol 772 UTA, un mémorial sera même construit dans le désert du Ténéré en 2007.
Parallèlement, Mouammar Kadhafi renonce à son programme d’armement nucléaire. Il assouplit la réglementation libyenne en matière économique, permettant l’ouverture du marché local aux entreprises internationales. Le régime de Kadhafi dispose également, avec la Fondation internationale Kadhafi pour la charité et le développement, d’une vitrine humanitaire, qui use des vastes ressources financières du pays pour réaliser de nombreuses actions caritatives. On croit rêver. Hier, wanted Mouammar, terroriste international et aujourd’hui c’est à peine si on lui filerait pas le prix Nobel de la paix. Malgré la pratique régulière d’actes de torture souligné par des organismes de défense des droits de l’homme, les plus grands chefs d’État l’accueil à bras ouverts. On le flatte, on lui sourit, on se courbe… Il jubile.
La finalité de cette mascarade diplomatique, c’est la promesse de signer de juteux contrats de vente pour l’armement. Les ennemis d’hier s’affichent en amis aujourd’hui.

Ainsi, depuis le 11 octobre 2004, date de la levée de l’embargo européen sur les exportations d’armes, la Libye n’a pas manqué de candidats fournisseurs : Royaume-Uni, France, Espagne, Autriche, Suisse, sans oublier les pays avec lesquels s’est nouée en plus une coopération militaire. Et là, finit de rire avec la panoplie du parfait petit bédouin sous le sapin. 605 millions d’euros de matos de guerre compilée rien que pour L’Italie, la France, le Royaume-Uni. Moins médiatique, la région wallonne, actionnaire à 100% de l’armurier FN Herstal profitera plus modestement de cette manne céleste en proposant son catalogue militaire au maître de Tripoli. Outre un contrat signé pour une magnifique collection de pistolets, fusils d’assaut, grenades et munitions d’une valeur de 6,9 millions d’euros. La wallonise autorisera encore la vente de 2.000 FN 303, des lanceurs semi-automatiques à air comprimé, des armes dites «à létalité réduite», pour 5,3 millions d’euros. Je traduis armes à létalité réduite, armes anti-émeutes.
Et sans la guerre civile qui a ravagé la Libye en 2011 et le FN 303 exhibé en trophée et relayés sur le web, on n’aurait jamais mis en évidence l’octroi de licence du contrat wallon. Nul ne pouvait présager qu’une guerre civile enflammerait le pays trois ans plus tard et où les armes anti-émeutes seraient utilisées contre la population.

La livraison de ses armes sous avis d’experts mitigés ne se fera pas sans un certain malaise.
Malgré tous les beaux rapports édulcorés sur l’ancien tortionnaire rentré en grâce, personne n’est dupe. Si l’éthique avait été le critère premier, alors la Libye était le vrai piège à cons dans lequelle il ne fallait pas s’aventurer. Sous cet aspect éthique, la réception de ses armes par La 32e brigade pouvait faire craindre le pire. Si l’apparente tranquillité du régime virait soudainement à l’orage, le certificat d’usage signé avec la dictature Libyenne avait de chances d’être respecté. Mais dans une région économiquement sinistrée comme la wallonie, 11,5 millions d’euros de contrat, ça ne se refuse pas. La 32e brigade dirigée par «Khamis» le fils de Mouammar est considérée à l’époque comme la plus performante des trois unités de protection du régime, constituées de 10.000 hommes. Ces bataillons sont les seules forces armées rattachées directement au guide de la révolution. la brigade Khamis est considérée comme la mieux équipée et la plus à même de défendre le régime de papa.

L’octroi du certificat d’usage final à des fins humanitaires n’arrivera pas à convaincre la presse et l’opinion publique. Les armes belges anti-émeute estampillés 32 brigade, gravé en français et en arabe, débarqueront sans réserve dans les rues de Tripoli et de Benghazi aux mains des pros Kadhafi bien décidé à réprimer l’insurrection des traîtres dans le sang.

Rudy Demotte, Le ministre-président wallon est prié de s’expliquer. Pourtant, au départ, celui-ci n’était pas très chaud, pour octroyer cette licence à la FN d’Herstal à destination de la Libye. Malgré la pression syndicale des trois mille salariés de la manufacture, il y restera longtemps hostile.

 Tous les éléments réunis et l’avis partagé de la commission, feront pencher sa décision vers un oui. Dès l’utilisation supposée des armes wallonnes contre la population libyenne, Rudy Demotte demande à l’ambassadeur belge de vérifier dans un pays 60 fois plus grand que la Belgique et en pleine guerre civile de vérifier que le fameux certificat d’usage wallon a bien été respecté.Et que s’il s’avérait que Kadhafi est utilisé les armes de le FN à d’autres fins, La Libye serait automatiquement misée au ban de la communauté internationale. Traduisez: tous les contrats commerciaux avec la Libye seraient immédiatement rompus. Pauvre Mouammar! Moins d’une décénnie de démocratie de pacotille et le voilà à nouveau infréquentable. Cette mise à l’écart par ses nouveaux amis, Mouammar n’en a cure. Depuis la fin de l’embargo tous les fabricants d’armes du monde entier avec l’aval de leurs dirigeants respectifs l’ont réarmés en machine de guerre dernier cri. Toutes les factures ont été honoré, les cadeaux d’affaires réceptionnés. Le tyran peut à présent tomber.

Partie 2 – Le Rwanda
LICENSE TO KILL SANS ETHIQUE

Tournons la page de cet épisode arabe et reportons-nous un instant en 1994 dans un pays d’Afrique de l’est : Le Rwanda. Entre avril et juillet 1994, quelque 800 000 hommes, femmes et enfants, principalement Tutsis, ont été massacrés au Rwanda. Cette période d’atrocités programmées est régulièrement reprise sous la dénomination de «génocide Rwandais.»Produits en partie par des éléments extérieurs, les principaux facteurs déclencheurs du génocide seront les suivants: l’attentat mortel perpétré sur l’avion du président rwandais Habyarimana le 6 avril 1994 et l’accumulation de haines entre deux communautés ethniques les Hutu et les Tutsie.

À partir du 7 avril durant 3 mois, la Radio des Mille collines encourage jour après jour, le génocide. Les milices exécutent « le travail» qui consiste pour les extrémistes hutus à massacrer à travers tout le pays les Tutsi, ainsi que certains Hutu modérés considérés comme des « traîtres ». La population utilise essentiellement des machettes, des houes et des gourdins cloutés.

Les tempêtes de contestations populaires du printemps arabe qui arrive de Tunisie en 2010 et qui dans la foulée balayera Kadhafi du pouvoir en 2011 pour un citoyen lambda sont relativement facile à comprendre. À part quelques cachoteries de financements occultes qui remontront peut-être un jour à la surface, les affaires officielles concluent avec le dictateur dès 2007 s’affichent joyeusement décomplexer dans la presse. Le Rwanda et en particulier le génocide rwandais trouve son origine dans des multiples et noueuses ramifications aux racines enchevêtrés. Cet extrait de texte emprunté au site Wikipédia résume bien l’origine des haines accumulées. « Au début du XXe siècle, les colonisateurs allemands, dans le sillage des préoccupations ethnologiques de l’époque, croient percevoir une supériorité génétique des Tutsi sur des bases raciales et morphologiques. Selon eux, les Tutsi se distingueraient par leur intelligence et la finesse de leurs traits, contrairement aux Hutu qu’ils considèrent comme inférieurs ».

Je ne peux m’empêcher de faire une comparaison sur cette situation avec un roman de science-fiction, écrit par l’écrivain français Pierre Boulle. «La Planète des singes». Dans son roman Pierre Boulle accorde également des aptitudes supérieures aux chimpanzés, contre celles inférieures des gorilles. Cette différence voulue pour les besoins d’un roman-fiction en 1963 disparaît complètement dans une réalité humaine face aux regards d’une expertise scientifique, moderne et rigoureuse.

Disséquer la part de responsabilité de chacun sur une période d’un siècle est particulièrement difficile à mettre en lumière. Sur le génocide rwandais, les hypothèses et les supposés vérités se présentent généralement au conditionnel. Contrairement à la livraison d’armes faites à Kadhafi surpris par le soulèvement du peuple Libyen, tout laisse à penser que les armes et nombreuses machettes achetées par le Rwanda on fait l’objet d’un achat prémédité. Deux ans auparavant la France équipe et entraine militairement le Rwanda. Des armes et machettes françaises ont été utilisés lors des massacres. Encore une fois, le Rwanda en est le second exemple après la Libye où la livraison d’armes sous license ne donne aucune garantie que la marchandise soit exploitée dans le cadre précis d’un usage particulier.

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